Questions sur la liberté d’expression
Ou la liberté d’expression s’arrete-t-elle ou devrait-elle s’arreter?
Dans les pays anglo-saxons, elle est quasiment totale. Voici quelques exemples, rappelés brievement :
Noam Chomsky, grand intellectuel de gauche, a pris la defense d’un negationniste francais, Faurrisson, dans les annees 80.
Depuis lors, il est la cible d’une certaine “gauche” (BHL, Attali, Joffrin) qui ne cessent de vouloir le rabaisser au rang de révisionniste – ou pire.
Pourtant, comme le note Jean Bricmont : “(Aux USA) la position de Chomsky ne choque presque personne. Parfois comparée à la Ligue des droits de l’homme, l’American Civil Liberties Union, dans laquelle militent de nombreux antifascistes, porte ainsi plainte devant les tribunaux si on interdit au Ku Klux Klan ou à des groupuscules nazis de manifester, fût-ce en uniforme, dans des quartiers à majorité noire ou juive”
Dans une réponse a ses détracteurs parisiens, intitulé “Quelques commentaires élémentaires sur le droit à la liberté d’expression”, Chomsky explique que la liberté d’expression, pour être réellement le reflet d’une vertu démocratique, ne peut se limiter aux opinions que l’on approuve, car même les pires dictateurs sont favorables à la libre diffusion des opinions qui leur conviennent. En conséquence de quoi la liberté d’expression se doit d’être défendue, y compris, et même avant tout, pour les idées qui nous répugnent.
En France, Christian Vanneste vient de voir ses condamnations cassées par la Cour de Cassation.
Selon de nombreux avocats, cette décision était pourtant logique, si ce n’est souhaitable, la France ne faisant que suivre, avec retard, le droit européen.
Je cite Le Monde : “L’avocat Gilles Devers précise que cette décision marque “une évolution fondamentale du régime de la liberté d’expression”. Avec cet arrêt, la Cour de Cassation “tire les enseignements du droit européen”, plus libéral en terme de liberté d’expression, notamment avec l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Pour l’avocat, c’est la victoire du droit européen sur le droit de la presse français, plus restrictif en matière de diffamation et d’injure”
A vrai dire, je ne vois pas une telle différence avec l’affaire des caricatures de Mahomet. Qui, a ce moment-la, ne s’est pas réjoui d’une victoire de la liberté d’expression? Pourtant, les musulmans sont bien une minorité – et ils ont été choqués!
En France toujours, un certain nombre de lois mémorielles (Loi Gayssot, loi sur l’esclavage, sur le genocide Arménien…) empeche parfois les historiens de travailler tranquillement.
En Angleterre, ou la vie privée est bien moins protégée qu’en France, une affaire fait grand-bruit.
Les orgies SM de Max Mosley, patron de la Federation Internationale de l’Automobile et fils de l’ancien dirigeant nazi anglais (Goebbels était, si je ne me trompe, son parrain!) ont fait la une du News of the World il y a quelques mois. Ce journal, l’un des pires tabloids qui puissent se trouver, faisait meme un lien entre le SM et le nazisme. La famille de Mosley n’était pas au courant de ses pratiques.
Depuis, Mosley, tres courageusement, se bat comme un beau diable pour que la vie privee soit mieux protégée : il a d’ailleurs poursuivi le tabloid (je crois devant la CEDH). Sa these est simple : les éditeurs de journaux défendent leur droit a montrer la vie privée des personnes publiques en arguant qu’ils sont les défenseurs de la morale – bref, qu’une personne connue devrait etre exemplaire. Mosley réplique en disant que ce n’est la qu’hypocrisie – le sexe, ca fait vendre, tout simplement.
“Ma vie privee, continue-t-il, n’appartient qu’a moi et j’en fais ce que j’en veux – du moment que je le fais avec des personnes consentantes et majeures, dans le respect de la loi”
Beaucoup disent ici : “La liberté des uns finit la ou commence celle des autres”. Ok, je veux bien, mais c’est tout de meme assez vague.
D’autres semblent penser qu’on aurait pu empecher les nazis de prendre le pouvoir si on les avait empechés de parler. Pourquoi pas? mais ca me semble un peu facile…
Ou s’arrete la liberté d’expression? A la vie privée? au refus de la démocratie ou de certaines valeurs? a l’insulte? a la diffamation? au désaccord? au mensonge? a la fausseté (si la Shoah est vraie et qu’on condamne quelqu’un qui la nie alors c’est bien la fausseté qui est condamnée. Si je dis : “La terre est plate” je dis quelque chose de faux : dois-je etre condamné?) Aux susceptibilités particulieres (par exemple, moi, j’ai horreur de la betise. Vais-je attaquer tous ceux dont l’imbécilité me choque? Et si oui, je ne vois pas ce qui intellectuellement peut empecher des groupuscules de se sentir victimes de “racisme anti-francais” ou “anti-hetéro”. Et est-ce que ca n’interdit pas, du meme coup, TOUS les jugements de valeur?)
George Orwell avait un point de vue tres fin : le probleme dans nos democraties, disait-il, n’est pas tellement celui de la liberté d’expression ou de pensée. A vrai dire, Christian Vanneste peut bien penser ce qu’il veut des homosexuels – et il peut meme le dire tant qu’il le veut. Le probleme est celui de la liberté de diffusion : les journaux, les medias, qui font office de haut-parleurs, sont souvent extremement consanguins et parfois n’appartiennent qu’a quelques groupes seulement, tres puissants, oligopolistiques – ainsi, quelqu’un comme Dieudonné, s’il peut s’exprimer tant qu’il le désire dans son théatre, est persona non grata a la télévision ou dans la presse écrite, radiophonique. Bref, on lui coupe la parole et la possibilité de faire passer ses idées.
Bref, Doit-on empecher de parler ceux avec qui on ne veut pas discuter?
Question subsidiaire : Peut-on etre entierement relativiste, penser que toutes les opinions se valent (ce qui est un peu la maladie contemporaine) et n’accepter la liberté d’expression que lorsque celle-ci vous arrange ; ou bien, peut-on etre comme moi un anti-relativiste et proner une liberte d’expression quasi-absolue (limitée seulement par la distinction entre sphere intime et sphere publique)?
novembre 16, 2008 à 11:01
rebond sur la ‘question subsidiaire’
la liberté d’expression est une liberté. partant de ce postulat on est me semble t il, en droit d’exprimer une opinion ne portant pas atteinte à l’ordre public ni à l’intégrité de l’Etat. en ce sens il est une liberté d’expression (sauf exceptions) qui est relativement vaste. la question : peut on n’accepter que la libre expression qui nous intéresse personnellement ou simplement une libre expression quasi totale?
chacun a sa liberté, mais ce qui va être intéressant c’est la manière dont l’information va être relayée. en ce sens j’entends censure, informations prélevées dans un contexte, re-formulation hasardeuse… donc chacun a une quasi absolue liberté d’expression, mais est limitée par les relais humains qui réceptionnent cette ‘expression’. la diffusion de l’information comme évoquée dans l’article est bien un réel problème de nos sociétés actuelles -moutons de panurge-
Bravos pour tes articles.
alex
novembre 27, 2008 à 3:40
“Doit-on empecher de parler ceux avec qui on ne veut pas discuter?
Question subsidiaire : Peut-on etre entierement relativiste, penser que toutes les opinions se valent (ce qui est un peu la maladie contemporaine) et n’accepter la liberté d’expression que lorsque celle-ci vous arrange ; ou bien, peut-on etre comme moi un anti-relativiste et proner une liberte d’expression quasi-absolue (limitée seulement par la distinction entre sphere intime et sphere publique)?”
Je partage ces mots.
Mais pouvez-vous expliciter votre distinction finale svp ?